mardi 29 mars 2011

Ruben Brulat

La galerie Confluence
Ruben Brulat
Primates
03.03.2011 au 30.04.2011


Les photographies sont tirées en grand format. Le sujet est systématiquement placé au centre. Les paysages exotiques accueillent un corps nu. On obtient les jolies images, faciles d'accès, ne supposant aucun effort de la part de spectateurs. C'est le genre de production destinée à une consommation hâtive. Il n'y a qu'un enjeu formel de décoration d'intérieur : faire une image agréable à la rétine. Ruben Brulat emprunte l'esthétique du fond d'écran dont Internet regorge. Par le biais du communiqué de presse on tente de donner un air d'intelligibilité à cette production plastique, en utilisant le procédé de valorisation. Autrement dit quand une chose ne dégage pas une qualité en soi par une interprétation qui passe par une mise au langage de l'expérience de cette chose, on peut par le moyen de langage essayer de la faire correspondre à une chose qui a déjà été reconnue comme ayant de la valeur.
Le titre Primates évoque primitivisme ce qui ne correspond pas à mon sens aux photographies dans lesquelles on voit un individu qui s’abandonne dans des milieux hostiles, ce qui contredit totalement le désir de survie primaire d'un être vivant primitif.
Je n'arrive pas à voir non plus en quoi il s'agirait d'une performance, voir même comme propose le communiqué de presse « plus qu'une performance » car la dernière inscrit un acte dans la durée et lui donne une qualité intrinsèque, on peut aussi ajouter que l'art corporel qui fait partie du contexte des années 70 et qui participe à la dématérialisation de l'œuvre s'oppose à la manière classique dont les photographies sont présentées dans la galerie, ce qui balaye toute possibilité d'une ou des performances.
On voit revenir plusieurs fois dans le texte la relation entre corps nu et le paysage, voyons quelles sont ces propositions:
1. « Les être humains font partie de la nature » affirme l'artiste.
2. « Il cherche la symbiose entre le corps humain et son environnement. »
3. «Il met en scène (...) son corps nu (...) parmi les éléments naturels au point de se fondre en eux. »
4. « Il recherche l'harmonie entre l'Etre et la Nature. »
5. « Il oppose immensément grand (Paysage) à l'infiniment petit (Homme). »
La première proposition trouve vite ses limites, regardons dans un dictionnaire la définition du substantif Nature. D'abord  dans TLFi :
« NATURE, subst. fém.

I. Ensemble de la réalité matérielle considérée comme indépendante de l'activité et de l'histoire humaines.
 (...)
II. Nature humaine ou absol. nature (p.oppos. à civilisation, culture)
 (...)
III. [La nature d'une chose, d'un être]
 (...)  »
Regardons également dans Vocabulaire technique et critique de la philosophie de André Lalande :
« NATURE, G. ; L. Natura ; D. Natur ; E. Nature ; I. Natura.
I. Nature d'un être
 (...)
II. La Nature, en général
 (...)
Critique
Les deux grandes divisions que nous avons adoptées sont indiquées par Descartes, Méditations, VI, 10 ; et par Kant, Critique de la raison pure.
Nous croyons (...) qu'il y aurait grand avantage à réduire autant que possible l'usage de ce mot. (...) On peut, dans bien des cas, le remplacer utilement par des termes moins vagues. (...) Ces sens donnent une valeur précise à l'opposition de l'Homme et de la Nature, de l'Art et de la Nature, sur laquelle on continuera sans doute à faire des jeux de mots philosophiques, mais dont il ne semple pas qu'on puisse se passer. »
Les trois propositions suivantes ne sont que de la paraphrase d'une seule idée
Pour commencer définissons le substantif Symbiose, utilisons à nouveau TLFi :
« SYMBIOSE, subst. Fém.

A.  BIOL. Association durable entre deux ou plusieurs organismes et profitable à chacun d'eux.
 (...)
B.  Au fig.
1. Fusion, union de plusieurs choses; association étroite et harmonieuse entre des personnes ou des groupes de personnes.
 (...)  »
Il me paraît évident que le lieu d'intervention auquel Ruben Brulat accède afin de prendre les clichés ne tire pas de profit du photographe, tandis qu'on peut affirmer la situation inverse. De ce fait on devra prendre le sens B. de la définition de Symbiose. Ce qui montre que ces propositions ne sont que de la paraphrase d'une seule idée.
La cinquième proposition nous laisse perplexes, est ce qu'on entend ici la grandeur physique ou bien d'autres choses ?
Et enfin la phrase « la fusion avec la nature [n'est pas] possible sans combat » qui vient contredire tout le propos tenu jusqu'au présent. Sauf si on fait l'extension du domaine biologique à la psychologie pour constater que ce rapport est pervers car il mélangera alors à la fois collaboration et opposition.
Il y a d'autres pistes de développement de la critique du discours cliché tenu par les galeristes et certains artistes tels que « approche [de l'artiste] est intime, universel et suggestive et fascine par sa complexité et son mystère. »


Victor Prokhorov


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