jeudi 12 décembre 2013

Pierre Huyghe

Pierre Huyghe au Centre Pompidou
Paris, le 27 septembre 2013

Dès le seuil de l’exposition de Pierre Huyghe, je peux apercevoir l’évaporation d’une fumée brumeuse et épaisse, et je crois reconnaître le son de la pluie s’abattre frénétiquement contre le sol.
Dans la première salle se dresse un talus de pierres, disposées de façon à penser qu’elles seraient directement tombées du ciel. Cette œuvre nous laisse seul face à une fatalité évidente : la mort. La pesanteur s’impose d’elle même, en nous élevant avec légèreté de façon à faire du visiteur l’acteur de second rôle de l’œuvre. Les pierres sont posées sur un socle blanc, la magie du contraste opère. Le face à face est inévitable.

Dans la deuxième salle j’entends des voix. Je devine un son audio, je touche de la glace et aperçois un lévrier à l’allure nonchalante traîner péniblement sa patte rose dans l’espace d’exposition. P. Huyghe joue avec nos sens, il les manipule comme s’il pouvait jongler avec chacun d’entre eux, et s’en amuser. C’est en fait de cela qu’il s’agit au travers de l’exposition de Pierre Huyghe. Il ne se restreint pas seulement à nous montrer, il nous fait Voir, ressentir. J’avance. Je me dirige instinctivement vers la pièce la plus subjectivement attrayante de l’exposition : De la brume, la déferlante de la pluie, le bourdonnement des abeilles. Mes mains deviennent moites, et mes cheveux, humides. L’artiste nous invite à pénétrer dans les abîmes de son âme, et parvient à matérialiser ses pensées, des souvenirs. Cette exposition agit comme un carnet de bord de la pensée. L’aboiement du lévrier interrompt subitement ce rêve éveillé. Une patineuse apparaît désormais devant moi. Légère, elle s’envole, glisse et touche à peine le sol. Quelque chose de Divin se dégage de son mouvement. Pendant une minute, le regard des visiteurs se confond avec la pureté d’une expression enfantine et laisse apparaître une admiration puérile, mais touchante.

Pierre Huyghe explore les facettes les plus obscures de l’art visuel à des fins sensationnelles. J’ai l’impression que si ces installations pouvaient parler, elles nous diraient : «  Sortez-nous de là, nous ne sommes pas à notre place. Nous sommes dans l’air, nous sommes dans le mouvement d’une jupe contre la cuisse d’une jeune fille, dans l’étreinte d’une caresse, ou dans le réconfort d’un feu de bois ». Il s’agit donc, selon moi, d’un questionnement de l’art in-situ à travers les abîmes de la pensée. Pierre Huyghe est un poète, et son atelier est la vie. Il saisit des instants de l’existence, et les retranscrit tels qu’il les ressent dans son fort intérieur.
Il est presque difficile de mettre des mots sur cette exposition. Il faut la sentir et la ressentir pour l’apprécier dans sa juste vérité.
Une citation du poète Rainer Maria Rilke illustre bien cette pensée :
« Les oeuvres d'art sont d'une infinie solitude ; rien n'est pire que la critique pour les aborder. Seul l'amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles. »







François Durel

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